Nassos Daphnis, Rita McBride
Gregory Lang
Curateur invité, Gregory Lang propose de créer un lien inédit entre deux artistes américains, de différentes générations : Nassos Daphnis (1914, Grèce – 2010, New-York), artiste historique majeur pour sa première exposition avec son Estate en Europe occidentale, et l’artiste contemporaine Rita McBride (1960, Iowa, US vite et travaille à Düsseldorf et Los-Angeles), déjà très implantée sur la scène artistique européenne.
L’exposition réunie une sélection d’œuvres qui nous conduisent à travers une abstraction spatiale entre structure, surface et architecture.
L’accrochage associe les peintures aux grands aplats colorés de plusieurs périodes de Nassos Daphnis, aux sculptures, installations ou maquettes architecturales, de l’artiste Rita McBride, en intégrant des éléments linéaires ou des indices directionnels dans les différents espaces de la Fondation, ouvrant un terrain fertile à l’expérience.
D’un point de vue physique et conceptuel, l’exposition révèle, entre autres, comment l’emploi de lignes, peintes en 2D dans la pratique de Daphnis, et de conduites, spatiales en 3D chez McBride, créent des cadres perceptifs et orientent nos déplacements, interrogeant ainsi la manière dont l’art peut façonner les comportements, les perceptions ou les interactions sociales. Leurs œuvres agencées permettent ici de créer un « parcours croisé » dans l’espace d’exposition, où, à la manière d’une grille rétinienne impalpable, les lignes de Daphnis serviraient de métaphore visuelle et les œuvres de McBride de guides corporels ou interactifs.
Parmi les connexions tangibles, leurs œuvres portent en commun une attention exigeante aux surfaces et mettent en avant le minimalisme des formes. L’un et l’autre s’attachent respectivement à la structure sans artifice, qu’elle définisse le mouvement et la division spatiale dans les compositions abstraites de ses principales séries de tableaux à lui, parfaitement lisses, ou qu’il s’agisse d’un rêve minimaliste par excellence d’un bâtiment ou d’un élément d’architecture réduit, chez elle, à sa stricte fonction au sein de ses ensembles de pièces sculpturales.
Un double rapprochement s’opère dans l’exposition, d’une part chez lui et pour la première fois entre ses toutes premières peintures sur toile de plans géométriques colorés abstraits de 1958-59 et ses dernières abstractions peintes de 1990 marquées par la naissance des écrans d’ordinateur, et d’autre part au regard de ses tapisseries à elle, qui représentent des mires de réglage télévisuel, méthode analogique permettant d’ajuster la couleur et la netteté d’un téléviseur, utilisées ici comme substitut à une décoration abstraite.
Ainsi les œuvres agrégées de ces deux artistes, à priori si distincts dans le temps et la pratique, oscillent ensemble dans un espace commun entre fonctionnalité et poésie, entre autoritarisme et liberté.
Lui a exploré l’abstraction géométrique, les relations chromatiques et l’interaction entre lignes et surfaces lisses, en développant une théorie de la couleur et du plan à la fin des années 50.