avec
Tauba Auerbach, Anna-Maria Bogner, Claudia Comte, Mary Corse, Ann Edholm, Gloria Graham, Carmen Herrera, Sonia Kacem, Ariane Loze, Julia Mangold, Agnes Martin, Mary Obering, Charlotte Posenenske, Jessica Sanders, Anne Truitt, Meg Webster and Marthe Wery
curateur
Eleonore de Sadeleer and Evelyn Simons

Figures on a Ground présente des œuvres d’artistes pionnières du minimalisme aux côtés de pratiques contemporaines qui s’inscrivent dans le mouvement ou le questionnent. L’art minimal est abordé à travers des thèmes tels que la perception spatiale, le relationnel, la nature, le sacré, le corps et la spiritualité.

Pour une exposition qui traite du minimalisme, Figures on a Ground – Perspectives on Minimal Art, peut sembler une entreprise paradoxale par son audace et son abondance. Malgré le fil conducteur de la simplicité, principe de base de l’art minimal, l’exposition atteint un certain maximale tout en essayant de renégocier notre compréhension du minimalisme.

Elle met au défi des associations évidentes, telles que l’universel vs le personnel, le rationnel vs l’émotionnel, le calme vs l’hystérie, qui définissent l’art minimal comme une approche artistique qui nie toute allusion au monde extérieur. Son côté autoréférentiel et non représentatif ainsi que l’utilisation fréquente de matériaux industriels et standardisés soulignent davantage encore cette notion de détachement humain.

L’impression largement répandue selon laquelle le minimalisme serait uniquement logique et rationnel est remise en question par l’œuvre remarquable d’Agnès Martin (1912 – 2004 américaine), considérée comme une des artistes pionnières du minimalisme.  Sa réflexion sur la nature, le bonheur et la beauté s’exprime à travers des répétitions contenues et thérapeutiques de lignes fragiles dessinées à la main. La peinture d’Anne Truitt (1941-2004, américaine) quant à elle, superpose des couches minces et infinies dans une quête autoproclamée de sens maximal dans la forme la plus simple. Enfin, la pièce en cuivre à échelle humaine Meg Webster (b. 1944, américaine) nous rappelle l’union des énergies entre l’Homme et la matière première.

Malgré l’idée préconçue selon laquelle le minimalisme ne peut être relationnel, la référence à la nature se retrouve également dans le travail de Gloria Graham (née en 1940, américaine) et de Jessica Sanders (née en 1985, américaine) qui encouragent la contemplation de la nature, sans la représenter littéralement. Avec son œuvre monumentale Untitled (1982), Graham insuffle la notion spirituelle de globalité universelle à la pensée scientifique à travers des structures moléculaires de cristaux et minéraux. Sanders, d’autre part, manipule la cire d’abeille et permet au mystère incontrôlable de la nature de s’infiltrer dans son travail.

En plaçant ainsi les œuvres au premier plan, en démocratisant leur forme, le matériel utilisé et leur interprétation, et par la prise en compte de l’espace qui entoure l’œuvre, le corps et le mouvement du spectateur deviennent les principales préoccupations communes au minimalisme. Dans Figures on a Ground, nous verrons que tout en bouleversant la définition singulière et rigoureuse de l’art minimal, la même préoccupation est mise en lumière.

La notion d’espace et de perception est particulièrement présente dans l’installation de l’artiste allemande Julia Mangold (née en 1966, Allemande), composée d’imposants volumes en bois rectangulaires recouverts de pigments, de laque et d’épaisses couches de cire qui lui donnent l’apparence d’un métal industriel, opaque et énigmatiqueprocurant à l’observateur la sensation renforcée d’une présence physique. L’artiste Belge Marthe Wéry (1930 – 2005) expérimente la peinture et ses différentes composantes. Elle manipule ses supports en y intégrant l’espace et regroupe ses œuvres de manière non conventionnelle. Anna-Maria Bogner (née en 1985, Autrichienne) déclenche également une conscience spatiale accrue en utilisant une bande élastique simple, qui déforme la circulation logique de l’entrée de la Fondation.  Ce motif en forme de ruban trouve un écho dans la fresque monumentale composée d’un motif en zigzag dégradé de l’artiste suisse Claudia Comte (née en 1983, Suisse), qui sert de toile de fond et de scénographie à l’exposition.

Cette intervention murale fait écho à une dimension performative et théâtrale et au rapport au corps présents dans plusieurs œuvres de l’exposition. La sculptures standardisée minimales en carton, d’apparence anthropomorphique de Charlotte Posenenske (1930 – 1985, Allemande) est agencée librement par « l’utilisateur ». L’artiste suisso-tunisienne  Sonia Kacem (née en 1985) en résidence à la Fondation CAB de février à mars 2020, propose deux interventions in situ constituées de lourds tissus drapés librement ou étirés sur des fixations mêlant ainsi art, sensualité, architecture et scénographie. Enfin, Ariane Loze (née en 1988, Belge) en résidence à la Fondation CAB en décembre 2019, s’est plongée dans les éditions historiques d’Art Press et de L’Art Vivant pour rechercher des interviews originales des « pères » du minimalisme. En s’appropriant le rôle de ces artistes minimalistes (non spécifiés), elle reconstitue leurs citations dans une performance audiovisuelle au sein même de l’architecture de la Fondation CAB.

Par le dialogue mis en scène entre plusieurs générations d’artistes femmes, Figures on a Ground, Perspectives on minimal art, met d’une part en lumière le fait que les femmes, malgré leur discrétion historique, ont également participé à ce mouvement abstrait et minimal du XXe siècle. D’autre part, leur façon d’aborder le minimalisme a certainement contribué à influencer des artistes contemporain(e)s qui tout en adoptant un mode abstrait, géométrique et non référentiel, développent cependant une pratique complexe et intuitive.

 

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